Wargames (1983), de John Badham – ★★ –

                Un adolescent doué pour l’informatique pirate par mégarde l’ordinateur de la Défense chargé de contrôler les ogives nucléaires américaines… J’entends ici et là dire que War Games a mal vieilli. Que nenni ! je ne suis pas de cet avis. Certes, il comporte des grosses ficelles, la présence d’adolescents à un tel endroit de responsabilité est quelque peu farfelue Mais on ne peut voir là qu’un signe de son époque hollywoodienne, le cinéma de ce temps faisant la part belle aux enfants et adolescents. Comme son optimisme d’ailleurs, qui ne se manifesterait plus de nos jours. Or, ceci mis à part, je pense que le film de John Badham fonctionne toujours aussi bien. Ses personnages d’abord, moins clichés que ceux que l’on trouverait aujourd’hui pour le même récit. Son propos ensuite : l’intelligence artificielle dangereuse, trop logique, sans empathie et valeurs. Cela reste une question d’actualité, qu’elle soit scientifique ou cinématographique. Mais ce pour quoi War Games traverse les âges, c’est qu’il ne s’agit pas plus d’une critique du progrès informatique que d’une critique de l’absurdité des actions humaines, la Guerre Froide en étant l’illustration parfaite. Comme souvent, la machine, l’ennemi premier, s’avère n’être que l’outil de l’homme pour son autodestruction. Le spectateur d’aujourd’hui y accolera sans doute des questions écologiques, ceci rappelant quelques notions de collapsologie. Alors certes, tout ceci n’est pas bien poussée, mais ça marche, et le film nous garantit un spectacle réjouissant. Et de toute façon, on adore Matthew Broderick, alors…

The Blade (1995), de Tsui Hark – ★★ –

                Réinterprétation du sabreur manchot, le film suit le parcours atroce du jeune orphelin Ding On en quête de vengeance… Tsui Hark ne perd pas de temps. Il raconte en 1h40 une histoire qui aurait nécessité sans doute 3h. En découle un film tout entier porté vers l’action et qui résonne avec la fuite en avant de films comme Mad Max : Fury Road (George Miller, 2014) – on remarque d’ailleurs une utilisation assez similaire de la musique dans les deux films, qui se charge tout à la fois d’impulser et d’amplifier ce mouvement frénétique. Le chaos général de l’histoire et des personnages se ressent dans la mise en scène, la caméra semblant courir sans cesse après l’action de ses personnages, tout en se laissant distraire par tout et n’importe quoi. Mais l’on sent pointé un lyrisme étouffé, presque dévoyé, qui teinte le film de désespoir impétueux. On a du mal à comprendre ce qui nous arrive face à The Blade, mais cette expérience visuelle subie à la vitesse d’un coup de feu est un tournant du film d’action contemporain, qui a nourrit le meilleur comme le pire.

Lesson of Evil (2012), de Takashi Miike – ★ –

                D’étranges incidents surviennent dans un lycée après l’arrivée du professeur Hasumi, en apparence brillant… Enième film de genre japonais sur des adolescents, Lesson of evil est réussi, et ce n’est pas rien de la souligner lorsqu’il s’agit d’une adaptation live d’un manga. Le propos, un tantinet politique, est évident, presque trop gros. Mais comme toujours chez Miike, la violence et jusqu’au-boutisme y sont si poussés que le tout reste cohérent. On notera néanmoins cette épine dans le pied qu’est le dernier plan du film. Car il est bien beau de clôturer le long-métrage par l’annonce d’une suite, encore faut-il qu’elle soit justifiable ou qu’elle existe, tout simplement. Reste un film quelque peu envoûtant, où le déchaînement de violence rebute autant qu’il fascine. C’est vraiment sur ce point que Miike excelle : sa mise en scène oscille entre le mysticisme de son personnage et la froideur de ses actions. A l’instar de cette chanson à l’ironie cruelle de L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht, qui revient à intervalles réguliers dans le film et donne au tout un caractère schizophrène.

Edito #1 – Juin 2020 : L’art d’aimer

Serge Daney, le ciné-fils

                Vous n’êtes sûrement pas sans savoir les remous qui ont secoué le magazine des Cahiers du Cinéma ces derniers mois. Racheté par un conglomérat de producteurs de cinéma et d’entrepreneurs tels que Rotschild ou encore Xavier Niel, une grande partie de la rédaction des Cahiers, craignant de perdre toute liberté après à plusieurs déclarations de leurs nouveaux patrons, a décidé de démissionner. Je ne reviendrai pas sur les détails, mais il est évident, en y regardant de plus près, que cela soulève d’évidents problèmes, malheureusement trop courant, concernant l’indépendance de la presse.[1] La rédaction présentait alors en Avril leur dernier numéro pour la plupart. Ils profitent de ce dernier numéro pour témoigner de leur pratique de la critique, tout en nous livrant une réflexion hétérogène sur ce qu’est la critique, sur ce qu’elle a été de tout temps, et sur ce qu’elle est aujourd’hui (notamment depuis l’invasion du numérique). Pour eux, l’exercice de la critique est avant tout un geste d’amour. Non pas qu’il faille parler seulement des films que l’on aime bien sûr, mais pratiquer la critique c’est défendre un amour du cinéma, une idée de ce qu’il est : « Quand on aime la vie, on va au cinéma, et aimer le cinéma, c’est le défendre. »[2] Et ce geste amoureux, est également, comme on pouvait s’en douter venant des Cahiers un geste politique. Défendre une façon de faire du cinéma, c’est, indubitablement, combattre d’autres façons, d’autres visions de cet art. La critique est une arme, elle possède ses propres armes qui la distingue des autres disciplines du journalisme, et la rendent unique. Ils vont même plus loin en affirmant le rôle primordial de l’expérience sensible du critique mais aussi le rôle du critique dans l’expérience des spectateurs face au film. Je considère pour ma part qu’un film n’est jamais fini. Il continue de vivre, se transforme, parfois drastiquement, lorsque notre mémoire de celui-ci vieillit. Ils citent très justement Manny Farber : « l’objectif de la critique consiste à accroître le mystère »[3]. Le critique ouvre plus de portes qu’il n’en ferme. Qu’eut été mon expérience du cinéma si je n’avais pas croisé la route d’André Bazin, les jeunes turcs, Serge Daney, Pauline Kael, Manny Farber, Louis Skorecki, pour ne citer qu’eux ? Sûrement aurais-je déjà atteint les limites que le cinéma aurait eu à m’offrir.

J’ai nourri une grande partie de mon esprit critique en lisant régulièrement les Cahiers depuis une décade, c’est donc avec naturel que je me reconnais dans ces textes. J’y retrouve explicitée la joie que j’y ai vu à écrire sur les films de cinéma, et l’envie de le faire à mon tour. J’ai l’espoir inquiet que le chamboulement de cette véritable institution qu’est le magazine ne sonne pas le glas de la critique de cinéma sur le territoire français. En attendant, je me délecte de ce numéro en forme de manifeste du geste critique estampillé Cahiers, qui n’oublie pas de faire la part belle aux blogs. Pour sûr je continuerai ce journal intime de ma cinéphilie en ne perdant pas de vue l’ode à la critique de ce numéro si particulier. Je vous laisse pour terminer cette petite parenthèse ces treize thèses de la technique critique de Walter Benjamin[4], partagée au début du numéro, que je trouve délicieuses :

  1. Le critique est stratège dans la bataille de la littérature.
  2. Qui ne peut prendre parti doit se taire.
  3. Le critique n’a rien avec l’exégèse des époques passées de l’art.
  4. Le critique doit parler la langue des artistes. Car les notions du cénacle sont des slogans. Et c’est seulement dans les slogans que retentissent les clameurs du combat.
  5. L’« objectivité » doit toujours être sacrifiée à l’esprit de parti, si en vaut la peine la cause pour laquelle on se bat.
  6. La critique est affaire de moralité. Si Goethe se trompa sur Höderlin et Kleist, Beethoven et Jean Paul, cela ne concerne pas sa compréhension de l’art, mais sa morale.
  7. Pour le critique ses collègues sont l’instance suprême. Pas le public. A plus forte raison pas la postérité.
  8. La postérité oublie ou célèbre. Seul le critique juge en face de l’auteur.
  9. La polémique, c’est anéantir un livre en quelques citations. Moins on l’étudie, mieux c’est. Seul celui qui peut anéantir peut critiquer.
  10. La vraie polémique gourmande un livre avec autant de tendresse qu’un cannibale qui se prépare un nourrisson.
  11. L’exaltation artistique est étrangère au critique. L’œuvre d’art est dans sa main l’arme blanche dans le combat des esprits.
  12. L’art du critique in nuce : forger des slogans sans trahir les idées. Les slogans d’une critique insuffisante bradent l’idée au profit de la mode.
  13. Le public doit sans cesse voir ses droits méconnus et se sentir pourtant toujours représenté par le critique.

Illustration : Serge Daney, le « ciné-fils ».


[1] Pour vous renseigner plus en amont sur ces problèmes, je vous conseille ce billet de blog d’un lecteur de Médiapart qui revient avec beaucoup de précisions sur le déroulé des évènements, les possibles raisons de ce rachat par des entrepreneurs, les zones d’ombres de l’affaire, expliquant l’énorme silence du reste de la presse à ce propos et justifiant le départ des rédacteurs : https://blogs.mediapart.fr/blind-willie/blog/140420/reflexions-diverses-sur-le-rachat-des-cahiers-du-cinema. Dernière consultation le 8 Mai 2020.

[2] DELORME Stéphane. « L’art d’aimer l’art d’aimer », in Qu’est-ce que la critique, Cahiers du cinéma n°765, Avril 2020. p. 5.

[3] FARBER Manny. Espace négatif. Editions P.O.L. Paris, 2004. 512p.

[4] BENJAMIN Walter. Sens unique. Editions Klincksieck. Paris, 2019. 640p.

Soif de Justice (1984), de Sammo Hung Kam-bo – ★★ –

                Film méconnu de la filmographie de Jackie Chan, Soif de justice est pourtant l’un de ses films les plus sympathiques. C’est l’affaire sans aucun doute de son trio de protagonistes attachants dont l’alchimie est exquise. On tient là un de ces buddy movies si chers à la cinéphilie de Tarantino : un film que l’on regarde pour passer un temps avec ses personnages, que l’on considère presque comme des potes. Série B au vernis kitsch, Soif de justice est un film imparfait, aux défauts assumés. Mais l’on ressent le plaisir des acteurs, dont l’un est le réalisateur, à tourner. Les répliques fusent à la même vitesse que les coups poings et pieds, le verbe devenant une arme à double tranchant : l’incisive se parant toujours d’une pointe d’humour très plaisante. Savourez-le comme il se doit, car il ne se pare d’aucun artifice, c’est un film d’amis qui veulent s’amuser à chaque scène. Et cette joie est communicative.

L’homme invisible (1933), de James Whale – ★★★ –

                De tous les films de monstres et compagnie des années 30 d’Universal, L’homme invisible de James Whale est sans aucun doute celui qui a le mieux vieilli. Ses effets spéciaux restent aujourd’hui encore exempts de tout reproche, dont l’audace n’a d’égal que la réussite. Quelle puissance d’évocation ! L’homme invisible a cette merveilleuse particularité d’exposer ce que l’on ne peut pas voir et de faire de cette exposition un évènement mental. Sûrement tient-on ici un exemple parfait de la force figurale que peut avoir une image de cinéma. Car ces images possèdent une force qui dépasse leur simple utilité narrative, elles échappent à tout contrôle. Il s’agit de pures images spéculatives, laissant à l’imagination du spectateur la responsabilité d’en faire ce qu’il veut. Claude Rains interprète un personnage à la présence presque étouffante bien qu’invisible. La voix de l’acteur, que l’on remarque sur les plans où il est « invisible » post-synchronisée, en dehors du champ de l’image, participe de ce mouvement qui brouille la frontière entre le personnage, le champ, le cadre et l’image elle-même. L’homme invisible est époustouflant de maîtrise et est, surtout, un morceau de cinéma pur, qui échappe du simple enchaînement causal qui faisait la gloire du cinéma américain de l’époque. Une image-temps avant l’heure.

The Monster Squad (1987), de Fred Dekker – ● –

                Hollywood n’avait pas attendu ces dernières années pour être nostalgique de la production estampillée 80’s, The Monster Squad en est déjà, en 1987, un hommage appuyé. Sérieusement, rien de plus étonnant en découvrant que le principal scénariste de ce copié-collé de la recette Goonies n’est autre que Shane Black qui a l’étonnante particularité de rendre hommage à son présent. On connaît la propension du scénariste, maintenant réalisateur, à se morfondre dans l’hommage, dans la nostalgie d’époques fantasmées. Ici, on en retrouve tous les défauts : hommages pour l’hommage aux monstres célèbres de la Warner Bros., pop culture superficielle brassant un peu tous les clichés de genre du cinéma hollywoodien de l’époque. Heureusement pour nous, quelques personnages attirent tout de même un peu la sympathie et le réalisateur Fred Dekker ne manque pas de savoir-faire pour relever la note – rien d’éblouissant non plus. Mais ce Gonnies­-like n’a rien de réellement stimulant : un produit de manufacture, surfant sur une vague avec une désinvolture presque télévisuelle. Bien sûr d’aucuns vous diront que la médiocrité du film est oubliable, tant il comprend ce qui marche chez le spectateur d’alors, et qu’il vaut toujours mieux retrouver le charme authentique de ces années que la contrefaçon qu’en fait Netflix aujourd’hui. Mais pour ma part, je vous dirais que pour autant que les ingrédients y soient, il aurait fallu les comprendre et savoir les cuisiner. C’est donc une énorme déception pour ma part, d’autant que l’on m’avait vendu un film en partie oublié qui méritait son pesant de cacahuètes.

I am Not your Negro (2017), de Raoul Peck – ★★ –

                Difficile entreprise que d’adapter sur le grand écran les mémoires de quelqu’un d’autre. C’est pourtant ce qu’essaie Raoul Peck en adaptant comme tels les derniers écrits de Jalmes Baldwin, projet de livre malheureusement inachevé intitulé Notes for Remember this House : le récit des vies et des assassinats de ses amis Martin Luther King Jr., Medgar Evers et Malcolm X. Heureusement pour nous, Peck choisit une forme documentaire pour cette adaptation, en illustrant d’images d’archive historiques et contemporaines la dictée du texte de Baldwin, entrecoupée souvent des nombreuses interventions qu’a pu donner l’écrivain. C’est donc une parole très personnelle qui se dégage du film. Peck, lui, reste un peu trop effacé. Le montage reste conventionnel, les images sont majoritairement illustratives. Ce qui est intéressant dans le film, ce sont avant tout les paroles de Baldwin, écrivain engagé et engageant, dont la réflexion reste aujourd’hui encore éclairante, voire visionnaire. Cinématographiquement, le spectateur cinéphile ne sera pas séduit par les formes crées par Peck, mais plutôt par les nombreuses réflexions sociales, historiques et cinéphiles qui parsèment le texte de James Baldwin. Une étude en forme de notes et pensées diverses, qui ne manquent pas de révéler une certaine facette du cinéma américain. On pense aux Histoires du cinéma de Jean-Luc Godard et ce constat que le cinéma a raté l’histoire, n’a pas été au rendez-vous lorsqu’il le fallait. Pour Godard, il s’agissait de la Shoah, pour Baldwin, de la ségrégation états-unienne. J’aurais aimé un peu d’expérimentations visuelles sur la question des images hollywoodiennes qui traversent les pensées de Baldwin de la part de Peck dans son film (sans espérer qu’il atteigne la maestria de Godard bien sûr, mais…).

                L’Histoire est au cœur des réflexions de ce film. Pas seulement l’Histoire du cinéma, mais l’Histoire des peuples, du peuple américain. « L’histoire des noirs en Amérique, c’est l’histoire de l’Amérique. Et cette histoire n’est pas belle. » Mais c’est plus de sa mémoire dont il est question dans le film. La mémoire d’un grand écrivain, témoin des activités des grands hommes qu’étaient ses amis Medgar Evers, Malcolm X. et Martin Luther King Jr. La mémoire de tous ceux qui sont lucides face aux violences de leur monde et ne peuvent pas, n’ont jamais pu leur trouver justification.

Les Délices de Tokyo (2016), de Naomi Kawase – ★★★ –

                Film particulier dans la filmographie de Naomi Kawase, sans doute le plus abordable pour le spectateur néophyte, Les délices de Tokyo, adapté du roman à succès éponyme de Durian Sukegawa (première adaptation pour Kawase) narre la rencontre entre un gérant d’une échoppe de dorayaki (pancakes fourrés à la pâte de haricots rouges) et une dame âgée qu’il va embaucher pour l’aider à faire la pâte an[1]. Ce duo est complété par une collégienne, cliente habituée de l’échoppe qui se lie d’amitié avec le gérant et son employée. Mais très vite, on apprend que Tokué, cette dame aux mains très abîmées, souffre de la maladie de Hansen, autrement dite lèpre.

                Kawase délaisse pour ce film ses habituels décors ruraux pour situer ce récit à Tokyo, bien que ce Tokyo-là ne soit pas des plus urbains, la part réservée à la nature étant très importante. Elle met aussi quelque peu de côté la caractère méditatif et spirituel de son style pour un scénario un peu plus structuré, conventionnel. Des parti pris qui pourraient faire fuir quelques aficionados de son cinéma mais qui permettent un écart, un élargissement de ses explorations. Heureusement pour nous, Kawase garde ses habitudes de mise en scène les plus sensibles et permet au film de ne pas s’inscrire en porte à faux de sa carrière. On y retrouve son acuité et son attention toute particulière à la nature qui entoure l’homme, et cette distance respectueuse face à ses personnages, auxquels elle accorde la pudeur de ne pas se dévoiler entièrement. De même les ellipses, si chères à la réalisatrice, aèrent et accordent un caractère fuyant agréable à une histoire qui, dans les mains d’un autre cinéaste, n’aurait pas évité l’emphase et le pathos. Pour autant, le film ne manque pas de moments d’émotions cruelles. Kawase laisse finement à ses acteurs le temps de travailler des émotions tout en retenue, ce qui a le bonheur de les rendre paradoxalement percutantes pour le spectateur. Mais ce que l’on retient avant tout, c’est cette sensibilité particulière du film devant les gestes quotidiens de ses personnages, leurs façons de se mouvoir dans l’espace de cette échoppe et son alentour, l’attention délicieuse que Tokué accorde aux haricots. Autant de petites choses qui participent de créer une ambiance douce-amère dont on raffole vite.

PS : Il me faut goûter un dorayaki !


[1] La pâte de haricots rouges.

The Descendants (2011), d’Alexander Payne – ● –

                Alexander Payne traite encore et toujours de l’absence de l’être aimé chez son personnage principal, ici un bourgeois à l’allure et au charme soporifique interprété par George Clooney. Ce dernier, dont le jeu est complètement éteint, participe avec une bande-son des plus enquiquinantes, de la monotonie frustrante du film. Le film semble être réglé sur un métronome (sans doute le bip de la machine médicale qui tient la femme du protagoniste dans le coma) tout du long, en appuyant de manière récurrente sur le pathos de cette situation familiale pour le moins dramatique. Pas une fois Payne ne réussit à aérer son film. Pourtant, il semble essayer. Un personnage secondaire, Syd, est sur ce point éloquent : élément « comique » grossier et grossièrement écrit, qui devient après quelques boutades rapidement un énième tire-larme. Tout ce qui aurait donné quelques peps à cette histoire et à la mise en scène est émoussé, affadi. Se dégage de ce film un effet « petits mouchoirs » : absolument rien à foutre de ces bourgeois qui possèdent la moitié de Hawaï, marchent pieds nus, ont des accidents d’hoverboard, se détestent tous gentiment et se trompent régulièrement. Pour profiter du panorama magnifique que possède Hawaï, on préférera sans hésiter la compagnie des personnages du Welcome Back (2015) de Cameron Crowe, beaucoup moins prétentieux, ennuyeux et de loin beaucoup plus vivants.