Un monde pour nous (Say anything…, 1989), de Cameron Crowe – ★★ –

L’histoire d’amour de deux jeunes adolescents, Lloyd et Diane, à la fin de leur lycée… Voici maintenant l’antithèse du film dont je vous parlais hier (L’arriviste, 1999). Le premier film de Cameron Crowe est complètement dépourvu de cynisme, d’ironie, de pessimisme. A la place, nous avons un couple de protagonistes adolescents aux coeurs trop purs pour être vrai, des être foncièrement attentionnés et bienveillants. Diane Court est une jeune fille ambitieuse, certes, prête à faire des sacrifices pour réussir, mais nullement arriviste et dotée d’un grand sens éthique. Lloyd Bodler, lui, est un peu plus paumé, il ne sait pas de quoi son avenir sera fait, mais il ne se résout pas à l’anémie, son heure viendra, quand il le faudra. Si Alexander Payne jetait un regard froid et acerbe sur ses personnages, Cameron Crowe lui au contraire, leur donne tant d’amour qu’il le sublime plus que de raison. Son but était avouer : il voulait des personnages que les spectateurs aimeraient inconditionnellement. C’est réussi. Si bien que c’en est déstabilisant pour nous, rêveurs romantiques derrière l’écran. C’est vrai quoi, Lloyd devenu figure iconique, ne manquera pas de flouer les jeunes spectatrices qui depuis le film rêvent de cet homme parfait qui n’existe pas. Ni beau ni fort, mais foncièrement attentionné, et prêt à tout donner, en premier son amour, à la femme qu’il adore. Combien de jeunes hommes après ça ont donc été capables de ressentir ce besoin de l’autre que Lloyd éprouve, ce sentiment qu’il est naturel de tout faire et tout donner à une seule personne, car le cœur en est convaincu ?  Il faut dire que le rôle et son interprète (John Cusack), même s’ ils sont en symbiose incroyable, doivent aussi beaucoup à la capacité de Crowe de transcrire l’amour adolescent, naissant, plein de découvertes, d’hésitations, de palpitations. La seule scène de sexe en est le parfait exemple. D’une tendresse exceptionnelle, elle nous fait nous extasier sur chaque geste, chaque contact de ces deux acteurs fusionnant. Qui ne rêve pas ou ne se souvient pas de ce qu’il a pu éprouver rarement dans sa vie. Say anything… est d’une foi exceptionnelle en la jeunesse, la fougue amoureuse. Il faut être bête pour croire que l’amour sauvera le monde. Mais il faut être un génie pour l’affirmer. Car ce genre d’artistes ont toujours des œuvres comme celle-ci qui prouvent leurs dires. Et c’est pourquoi dans ce texte critique je passe les défauts du film, qui ne sont pourtant pas minces, car c’est finalement ce sentiment réconfortant qui balaye tout sur son passage que l’on garde en mémoire. Un film à cajoler.

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