Le Petit Fugitif (1953), Morris Engel, Raymond Abrashkin, Ruth Orkin – ★★★ –

Que dire de ce film trop méconnu qui a pourtant discrètement marqué l’histoire du cinéma ? Qu’il est la première inspiration de Truffaut pour ses Quatre cents coups ? Que les réalisateurs ont eu la merveilleuse idée d’inventer spécialement pour le film une caméra plus petite, légère, facilement transportable qui révolutionne l’approche de la mise en scène au cinéma ? Que c’est cette caméra particulière que Godard souhaitait absolument pour réaliser son premier long-métrage ? Que ce film au budget dérisoire est un pionnier du cinéma indépendant américain, tourné six années avant le Shadows de Cassavetes ? Outre ces incroyables anecdotes, Le Petit fugitif dégage une force inaltérable. Celle qui lui vient de sa sensibilité très enfantine. La possibilité de vagabonder dans les rues avec cette caméra, la poser où l’on veut permet à la mise en scène d’avoir la légèreté, la curiosité, la fraîcheur et la beauté d’un regard d’enfant sur les attractions du monde qui l’entourent. Et de toucher, peut-être un peu, de la même manière que le fera Johan Van der Keuken douze ans plus tard avec Beppie, une vérité de l’enfance.