Tampopo (1985), de Juzo Itami – ★★★ –

                Difficile de savoir quel est réellement le sujet de Tampopo ! La bouffe ? Le cinéma ? Le Japon ? Car Juzo Itami réalise ici un film extrêmement copieux (le mot est bien choisi) : étude précise, confinant presque à l’absurde, des pratiques culinaires, propositions et réflexions de cinéma à tout va et critique nappée d’humour de quelques caractéristiques de la société japonaise. Chaque événement prête à rire dans Tampopo car il se situe toujours aux frontières de plusieurs émotions : dégoûtant – alléchant, frustrant – libérateur, désespérant – euphorique. Une pluralité du fond qui s’accompagne d’un maelström de références et d’idées cinématographique tout aussi drôles parce qu’à la limite du sérieux : western-nouille, polar érotique, comédie de potes, romance, film à sketches politique, et j’en passe. Entre tout ça, on s’amuse à casser la frontière de la fiction, en nous interpellant régulièrement, en nous rendant complice de cette pérégrination quelque peu régressive mais délicieuse. On savoure aussi ses déambulations entre des personnages qui ne font que se croiser, nous partagent quelques-uns de leurs liens avec la bouffe avant de s’en aller. On déguste finalement ces transitions de plans brutes qui confinent parfois au ridicule mais témoigne de la liberté du film, qui ne se retient jamais de faire ce qui lui chante. Enfin, on tombe amoureux de ces personnages rendus si sympathiques notamment par la récurrence de leurs regards face caméra. Un seul regret lorsque ces deux heures de Monthy Python nippon se terminent : ne pas pouvoir goûter ce bol de nouilles que l’on connait maintenant par cœur, contrairement à ce que Goro nous promettait au tout début du film lorsqu’il disait à Gun « continue de lire, on arrive dans deux heures, là on pourra manger ».