La fille aux allumettes (1990), d’Aki Kaurismaki – ★★ –

Iris, jeune femme ouvrière dans une fabrique d’allumettes, est exploitée par ses parents et les hommes qu’elle rencontre use de sa naïveté et sa timidité… C’est âpre, très austère, assez cruelle, mais pourvu d’un folklore assez cynique, habitude de son réalisateur Aki Kaurismaki. Les personnages sont silencieux, amorphes, éteints presque, écrasés sous le poids des non-dits et de la misère sociale. Mais ce n’est pas silencieux pour autant. Bruits incessants, des machines comme des ustensiles de cuisine, paroles dépressives des journaux télévisées qui rythment le quotidien domestique, et enfin une pléthore de musiques, toutes diégétiques. On mange, travaille, danse mais sans autre vie que celle triste qui s’échappe du visage larmoyant de cette fille aux allumettes. Qu’on ne s’étonne donc pas que dans cette atmosphère résignée, où le rôle social des individus est nié sans arrêt, que les allumettes craquent, s’embrasent et que le mal s’immisce méthodiquement et frappe arbitrairement. Sans doute était-ce l’expression, l’action la plus humaine que l’on pouvait attendre de ce monde terne et injuste.