L’Homme au complet blanc (1951), Alexander Mackendrick – ★★ –

Je commence à beaucoup aimer le style humoristique de Mackendrick, qui contraste avec les comédies habituelles, encore en vogues aujourd’hui. Est-ce dû au ton si particulier des comédies anglaises ? Car l’on pourrait mettre aisément Tueurs de dames (1955) et L’homme au complet blanc dans le même panier que, par exemple, Noblesse oblige (1949). Ou bien à la figure et aux expressions presque morbides d’Alec Guiness ? Ou bien, tout simplement, y a-t-il quelques spécificités qui font de ses films des objets de comédies acerbes mais tout à fait délectables. Mackendrick s’amuse ici à casser les liens sociaux pré-établis et révéler leur grande hypocrisie. La mécanique est simple et connue : celle du grain de sable qui vient enrayer la machine bien huilée du capitalisme local. Ce grain de sable, c’est Alec Guiness, jeune scientifique arrogant, passionné, rusé et qui fait fi des conventions de carrière pour arriver à ses fins. Mais ici, point de héros, le personnage, malgré son discours, n’est pas le moins du monde philanthrope et fait preuve, sans aucun doute, de la même hypocrisie que ses congénères patrons et ouvriers. Car ses derniers le sont aussi. Pas de critique virulente de l’exploitation. Il ne s’agit pas d’opposer exploités et exploitants, mais bien au contraire de les rassembler. Car finalement, ils sont aux yeux de Mackendrick, les rouages essentiels au système. Les ouvriers, pleins de mauvaise foi et les patrons, ridiculement impétueux, laissent vite leur querelle vaine de côté pour défendre leurs intérêts communs.

                C’est donc avec un sarcasme, teinté presque de dédain, que Mackendrick dépeint ce système social. Et nous, spectateurs, en tirons le même plaisir que lorsque nous démasquons publiquement un éhonté menteur. L’homme au complet blanc est un film qui n’épargne personne, et nous permet de prendre, le temps d’une projection, une revanche puérile sur la société.