Dans un jardin qu’on dirait éternel (2020), de Tatsushi Omori – ★★ –

Dans une maison traditionnelle à Yokohama, Noriko et sa cousine Michiko s’initient à la cérémonie du thé… Film discret mais dont le pari est osé : effacer progressivement l’individualité des personnages pour se focaliser sur la répétition et la précision d’un geste traditionnel. C’est une quête d’apprentissage spirituelle à laquelle on assiste médusé dans une opération en trois mouvements : appauvrissement, répétition puis ouverture. Le premier mouvement, merveilleusement illustré par la scène du premier cours, dilatant à l’extrême chaque étape de la cérémonie, est une manière de concentrer notre attention mais surtout nos émotions sur ces gestes particuliers. Le second – peut-être plus fastidieux mais non moins intéressant – consiste à rendre chacun de ces gestes cérémonieux presque communs pour les personnages mais surtout pour nous spectateurs. Étape nécessaire pour accéder à la dernière étape qui s’apparente à une forme d’éveil. Chose la plus dure à transcrire cinématographiquement car il s’agit surtout de ressentir, être attentiste, non plus aux gestes, maintenant naturelles, mais à l’environnement qui donne nuance et particularité à chacun de ses gestes. Certes, peu d’innovations cinématographiques de ce côté-là, Tatsushi Omori se contente de mixer comme le son et l’image d’une nature pure et ceux des gestes connus. Mais le contrat est rempli : on y accède qu’à la toute fin du film, là où l’on ressent le mieux toute l’abnégation nécessaire à cette ouverture. Dans un jardin… est une réelle proposition d’expérience esthétique toute entière basée sur l’image d’une pratique manuelle et méthodique. En l’espace d’un film, on goûte quelque peu la force mentale et physique nécessaire à la cérémonie du thé japonaise.