L’Arriviste (Election, 1999), d’Alexander Payne – ★ –

Jim McAllister est un professeur respecté qui aime son travail et ses élèves sans exception. Enfin, peut-être a-t-il quelque mal avec Nancy Flick, un de ses élèves, ambitieuse et manipulatrice, qui vise la présidence du conseil des élèves… Voilà un film très intéressant en ce sens qu’il fait naître chez moi des sentiments très partagés. Je vous avoue raffolé de ce qu’on appelle teenage movies. Pour tout un tas de raisons : la liberté de ton et de formes, la fraîcheur générale de ces films et la qualité de leurs personnages, que j’aime bien souvent profondément. Or nous voici avec un teen movie aux antipodes des habitudes du genre. La jeunesse, l’adolescence n’est plus considérée comme une période exceptionnelle mais comme le terreau des vices du monde adulte. Ici aucun lycéen n’est en quête d’apprentissage. Les arrivistes resteront arrivistes, les idiots resteront idiots, les marginaux resteront marginaux, et le reste des lycéens qui ne sont pas les principaux protagonistes sont complètement inutiles. Les seuls qui feront quête d’apprentissage comme c’est de rigueur dans ce genre de récit, sont cette fois les professeurs et non les adolescents. Il y a un cynisme et une noirceur presque écoeurants dans la vision de l’adolescence d’Alexander Payne. Si l’on passe les habituels défauts du réalisateur comme ses intrigues de tromperies de quarantenaires assez inutiles de bas de plafond, on regrette tout de même le peu d’amour qu’il porte à ses personnages, surtout adolescents. Regret car, outre ces problèmes de taille, le propos du film est complexe et passionnant. Entre débat moral et escalade de situations incongrues, où les vices se disputent avec la raison, la narration de Payne ouvre des questions sociales et existentielles très à propos, pour un film d’adolescence comme pour un autre. On regrette donc d’autant plus le fatalisme pessimiste de Payne qui résout ces questions de manière intransigeante. 

The Descendants (2011), d’Alexander Payne – ● –

                Alexander Payne traite encore et toujours de l’absence de l’être aimé chez son personnage principal, ici un bourgeois à l’allure et au charme soporifique interprété par George Clooney. Ce dernier, dont le jeu est complètement éteint, participe avec une bande-son des plus enquiquinantes, de la monotonie frustrante du film. Le film semble être réglé sur un métronome (sans doute le bip de la machine médicale qui tient la femme du protagoniste dans le coma) tout du long, en appuyant de manière récurrente sur le pathos de cette situation familiale pour le moins dramatique. Pas une fois Payne ne réussit à aérer son film. Pourtant, il semble essayer. Un personnage secondaire, Syd, est sur ce point éloquent : élément « comique » grossier et grossièrement écrit, qui devient après quelques boutades rapidement un énième tire-larme. Tout ce qui aurait donné quelques peps à cette histoire et à la mise en scène est émoussé, affadi. Se dégage de ce film un effet « petits mouchoirs » : absolument rien à foutre de ces bourgeois qui possèdent la moitié de Hawaï, marchent pieds nus, ont des accidents d’hoverboard, se détestent tous gentiment et se trompent régulièrement. Pour profiter du panorama magnifique que possède Hawaï, on préférera sans hésiter la compagnie des personnages du Welcome Back (2015) de Cameron Crowe, beaucoup moins prétentieux, ennuyeux et de loin beaucoup plus vivants.