I am Not your Negro (2017), de Raoul Peck – ★★ –

                Difficile entreprise que d’adapter sur le grand écran les mémoires de quelqu’un d’autre. C’est pourtant ce qu’essaie Raoul Peck en adaptant comme tels les derniers écrits de Jalmes Baldwin, projet de livre malheureusement inachevé intitulé Notes for Remember this House : le récit des vies et des assassinats de ses amis Martin Luther King Jr., Medgar Evers et Malcolm X. Heureusement pour nous, Peck choisit une forme documentaire pour cette adaptation, en illustrant d’images d’archive historiques et contemporaines la dictée du texte de Baldwin, entrecoupée souvent des nombreuses interventions qu’a pu donner l’écrivain. C’est donc une parole très personnelle qui se dégage du film. Peck, lui, reste un peu trop effacé. Le montage reste conventionnel, les images sont majoritairement illustratives. Ce qui est intéressant dans le film, ce sont avant tout les paroles de Baldwin, écrivain engagé et engageant, dont la réflexion reste aujourd’hui encore éclairante, voire visionnaire. Cinématographiquement, le spectateur cinéphile ne sera pas séduit par les formes crées par Peck, mais plutôt par les nombreuses réflexions sociales, historiques et cinéphiles qui parsèment le texte de James Baldwin. Une étude en forme de notes et pensées diverses, qui ne manquent pas de révéler une certaine facette du cinéma américain. On pense aux Histoires du cinéma de Jean-Luc Godard et ce constat que le cinéma a raté l’histoire, n’a pas été au rendez-vous lorsqu’il le fallait. Pour Godard, il s’agissait de la Shoah, pour Baldwin, de la ségrégation états-unienne. J’aurais aimé un peu d’expérimentations visuelles sur la question des images hollywoodiennes qui traversent les pensées de Baldwin de la part de Peck dans son film (sans espérer qu’il atteigne la maestria de Godard bien sûr, mais…).

                L’Histoire est au cœur des réflexions de ce film. Pas seulement l’Histoire du cinéma, mais l’Histoire des peuples, du peuple américain. « L’histoire des noirs en Amérique, c’est l’histoire de l’Amérique. Et cette histoire n’est pas belle. » Mais c’est plus de sa mémoire dont il est question dans le film. La mémoire d’un grand écrivain, témoin des activités des grands hommes qu’étaient ses amis Medgar Evers, Malcolm X. et Martin Luther King Jr. La mémoire de tous ceux qui sont lucides face aux violences de leur monde et ne peuvent pas, n’ont jamais pu leur trouver justification.