Uncut Gems (2020), de Joshua et Ben Safdie – ★★ –

                Howard Ratner est un bijoutier new-yorkais roublard qui magouille à droite et à gauche pour rembourser ses dettes de jeu, mais tout ce qu’il entreprend rate lamentablement… Les frères Safdie nous reviennent, sur Netflix cette fois, chose assez surprenante lorsque l’on connait leur amour pour la pellicule qui, inévitablement, ne peut être aujourd’hui projeté qu’en salles de cinéma. Joshua et Benny s’aventure dans la même veine que leur précédent ouvrage Good Time, en reconduisant plusieurs éléments identifiables : Oneohtrix Point Never à la musique, techno coloré accompagné des riches couleurs pop, dirigées ici par non moins que Darius Khondji, et l’habituelle frénésie de la mise en scène des frères cinéastes. Frénésie poussée jusqu’à l’extrême, à un point éreintant (on termine le film complètement lessivé) qui sied parfaitement avec la folie capitaliste qui s’empare du personnage principal ; Adam Sandler remplit d’ailleurs parfaitement son rôle d’hyperactif benêt sans cesse dépassé par les événements mais renouvelant toujours le risque. Le tout est semblable à une journée folle de la bourse, cela ne s’arrête jamais, on pense parfois lâcher le film tant il nous pousse dans nos retranchements : la caméra bouge sans cesse, très près des acteurs, toujours in medias res, ça parle, voire crie, sans arrêt, on distingue à peine les conversations dans ce brouhaha new-yorkais. Sans doute qu’une sortie en salles aurait causé quelques malaises dans l’audience. Mais l’on reste captivé par cette tension constante, ces moments de suspens insoutenables, et ce mysticisme de certains mouvements de caméra qui nous font passer, comme au début du film, de l’intérieur d’une opale à l’intérieur du colon d’Howard Ratner. Uncut Gems est un film épais, comme un Scorsese de 6 heures qu’on aurait condensé en 2h15 et rendu épileptique. Un film qui ne ménage ni ses personnages, ni ses spectateurs.