Pentagon Papers, Steven Spielberg (2018) – ★★★ –

Pour sûr, Steven Spielberg n’a pas hésité entre chaque prise, pour tourner aussi vite ce film historique qu’il pensait être bénéfique à l’actualité. Or, l’hésitation est bien au cœur de Pentagon Papers. Et sa mise en scène ne l’oublie. Libérer une parole – oh que cela raisonne aujourd’hui ! – implique un choix, que toute liberté nécessite. Et le choix que fait Katharine Graham ici est celui de douter. Se lancer en terrain inconnu, sans garantie ni soutien, mais avec toute la responsabilité qui y incombe. Apprendre à douter de son choix, et de ce qui est à la base du dilemme auquel elle se confronte. Si ce propos paraît simpliste, il l’est formellement beaucoup moins. Dialoguant avec le pape du film-dossier, Les Hommes du président, Steven Spielberg déploie sa mise en scène de manière à traduire de la plus angoissante des manières cette hésitation, ce doute oppressant, qu’il faut franchir dans l’optique d’une libération. Le placement des acteurs, les décadrages récurrents, les mouvements de caméra extravaguant, participent d’entourer dans le doute, ou d’isoler dans la décision (en ce sens, la circularité de certains plans assume parfois les deux versants), les protagonistes. Il rejoint ainsi Alan Pakula dans cette façon d’alterner horizontalité et verticalité de la mise en scène des personnages face à l’action ou l’introspection qu’ils entreprennent.