Les derniers jours du disco (1999), de Whit Stillman – ★★★★ –

Les pérégrinations nocturnes de jeunes new yorkais-es fraîchement diplômés au début des années 80 : disco, amours, travail, amitiés… Whit Stillman tire son troisième long-métrage de ses propres souvenirs et c’est sans doute ce qui rend l’exercice si vrai, si honnête. Honnête, Stillman l’est avec ses spectateurs comme avec ses personnages. Rien n’est écrit pour séduire, libre au spectateur d’apprécier ou déprécier tel ou tel personnage dans les quelques moments de sa jeunesse qui nous sont donnés à voir. Mais ces personnages, si tant est qu’il puissent être jugés, n’appartiennent pas au simple temps de l’image projetée sur la toile. Car il se dégage d’eux une puissante impression de vérité, que l’on saisit au détour de conversations animées, spontanées, profondes. Une vérité qui tient surtout de notre incapacité, dans ces événements anodins d’une jeunesse anxieuse et libertaire qui s’emboîtent de manière elliptique, à réellement attraper leur psyché, leur caractère, leurs émotions. Ces dernières sont trop disparates, contradictoires, aléatoires pour que l’on puisse aisément définir qui ils sont, ce qu’ils éprouvent ou vivent. De là naît une fascination, une envie brûlante de les suivre, de traîner avec eux, portant en nous le mince espoir de découvrir leur être profond. Le film de Stillman repose essentiellement sur la façon dont chaque personnage se considère et considère les autres. Chacun y va de sa propre caractérisation, tente de définir celle des autres. Mais chacun s’étonne toujours de faire quelque chose qu’il ne pensait jamais faire. Même chose lorsqu’il observe ceux qui l’entourent. Il y a quelque chose de fuyant, d’inatteignable, d’incompréhensible. Car la vie est comme cela. Elle ne cesse de nous surprendre, de violer toutes les grilles de lecture logique. Chaque fois que l’on pense comprendre quelque chose ou quelqu’un, il s’avère toujours que ce saisissement était éphémère. Ce film, comme beaucoup qui s’attache à la fin d’une époque, tente d’appréhender ce trait de la vie qui fait d’une règle toutes les exceptions. 

Les derniers jours du disco est un film qui laisse vivre ses personnages et interprètes, les laisse s’exprimer, faisant fi de toute logique narrative ou psychologique. Il laisse également resurgir des mémoires le temps d’une projection les ambiances et émulations d’une période exceptionnelle. Stillman le fait de manière admirable, tout s’enchaîne parfaitement, comme guidé par les mélodies des musiques qui sont joués. Stillman associe tous ces événements pour tirer l’essence quotidienne d’une époque, non pas universelle, mais constituante, comme un Dj associerait harmonieusement les meilleurs titres d’un style pour tirer la playlist la plus parfaite, celle qui vous fait une petite place parmi un groupe, vous fait goûter l’émotion et l’élan vital d’un moment.