Ex Libris : The New York Public Library (2017), de Frederick Wiseman – ★★★ –

Frederick Wiseman ne change pas ses habitudes et observe silencieusement, armé de sa caméra, durant près d’une année, l’activité et le fonctionnement de la New York Public Library. Quoi qu’il arrive, j’ai l’impression que la méthode Wiseman s’adapte à chaque institution à laquelle il s’intéresse. C’est d’abord qu’il s’agit sans doute de celle la plus à même de rendre compte, de s’immerger, de comprendre. Mais c’est surtout que la forme que prend cette méthode semble toujours être la forme usuelle du participant de l’institution. Ici, c’est en rat de bibliothèque, en curieux insatiable de savoir et de culture, que nous nous infiltrons dans chaque recoin des événements de la bibliothèque, que l’on égrène les différents quartiers de New York à la recherche de succursales. Et c’est ainsi que l’on comprend les enjeux et les fonctions d’une bibliothèque. Non pas seulement récipiendaire du savoir, la bibliothèque se présente comme un lieu de vie, aux différentes facettes. D’où la justesse de Wiseman, de nous montrer le travail, l’intérêt et l’envie des personnes qui transmettent ce savoir. Car on ne fait pas que consulter dans cette bibliothèque, on écoute, on discute, on débat, on touche, on partage. Wiseman montre avec brio qu’une bibliothèque est loin d’être un lieu sacré, bien qu’il soit primordial, mais qu’il est plus une partie intégrante de la vie d’un quartier, d’une communauté. Ce parcours géographique au travers de New York nous révèle la pluralité de cultures qui habitent cette ville et dont les bibliothèques se font témoins, symboles mais aussi protecteurs. La vérité se trouve dans ces bibliothèques, et grâce à elles, cette vérité est conservée et perpétuée. Car elles seules témoignent des faits.

At Berkeley (2013), Frederick Wiseman – ★★★★ –

La méthode de Wiseman réussit si habilement à cacher la présence du réalisateur et de sa caméra qu’on en oublierait presque qu’il faut bien quelqu’un pour construire le film. Excepté peut-être pour At Berkeley, qui, au travers de ses nombreuses séquences de débat, semble sans cesse interroger le spectateur sur tel ou tel sujet. Difficile en effet de rester passif devant un tel film, tant notre réflexion est sollicitée, et il est presque frustrant de savoir que l’on ne peut pas intervenir nous-mêmes, comme le font ces étudiants, ces professeurs ou ces administrateurs. Car pour tous ceux ayant un jour expérimenté l’enseignement supérieur public, ce panorama de la vie universitaire de Berkley fait office de petits paradis. Paradis où l’on sent tout de même, entre deux séquences où l’on refait le monde (extrêmement stimulantes), germer la précarisation institutionnalisée de l’enseignement public, et fatalement, des étudiants américains.

Une autre merveilleuse particularité de ce film est que le style de Wiseman atteint dans le décor universitaire une portée enrichissante. Le documentariste construit son film presque comme un travail universitaire. Il observe, divise, recoupe, met en perspective avec la distance nécessaire à ce type de travail, et nous laisse l’entière possibilité de nous faire notre propre avis. Le tout sans oublier de créer chez nous une nostalgie immédiate de ces moments étudiants et du quotidien du campus.