Marseille, Vieux Port (1929), de Laszlo Moholy-Nagy – ★★ –

Je me permets aujourd’hui de vous partager cette étude cinématographique de Marseille par Laszlo Moholy-Nagy. L’artiste hongrois, dont je vous recommande fortement la lecture de son essai Peinture, photographie, film et autres écrits sur la photographie (Collection Folio Essais, Gallimard, Paris, 2007. 320p.), s’essaye à l’exercice de l’étude d’une ville, comme on put le faire de grands cinéastes comme Vertov, Vigo, Ruttman et j’en passe. Mais en manque de pellicule, il préférera concentrer son étude sur un seul quartier de Marseille : le Vieux Port. Vous pouvez retrouver mon avis sur cet essai juste en dessous de la vidéo.

Loin des clichés d’une carte postale, Laszlo Moholy-Nagy s’attache à étudier les rues populaires et miséreuses du Vieux Port de Marseille. Certes, le Vieux Port en 1929 est loin d’être l’attraction touristique que l’on connaît maintenant et est alors réputé quartier pauvre, malfamé, malgré le charme du lieu. Mais de la beauté intrinsèque de ce quartier historique, nous ne verrons rien ici. Ou plutôt, nous en verrons la surface : sale, polluée, en désuétude, dans un général chaos. La misère est là, évidente. Pourtant, même si l’errance de ses habitants y est décrite similaire à celles des chiens et chats sauvages s’égarant dans les monticules de déchets entassés sur la voie publique, on ne sent aucun misérabilisme. Le regard de Moholy-Nagy épouse celui froid de la machine cinématographique, délivrant une étude simplement scientifique du quotidien du Vieux Port. Moholy-Nagy confessera plus tard la difficulté que fut pour lui le tournage, se confrontant sans cesse à l’hostilité virulente des Marseillais[es]. Sans doute que cela lui permit de prendre la distance nécessaire avec les sujets qu’ils filment, évitant ainsi même l’écueil si arrogant du misérabilisme. Car finalement, le plus marquant dans ce film, dans ce chaos brouillon et sale, c’est que la vie y fourmille. Marseille n’est pas une ville morte, mais changeante, difforme, et la vie qui s’y déroule ne fait pas ici l’objet d’un jugement. Tout le monde est au Vieux Port comme en transit, les bateaux viennent et repartent, les gens ne sont pas chez eux mais dans la rue, ils y mangent, pissent, dorment. Marseille est un port de transit pour l’artiste expérimentateur qu’était Moholy-Nagy. Un terrain inépuisable et renouvelable d’observation de la condition humaine.