La soupe au canard (1933), de Leo McCarey – ★★★ –

Le pays de Freedonia, largement endetté et victime d’une tentative d’envahissement par son pays voisin, est contraint pour obtenir l’aide financière nécessaire, de nommer Rufus T. Firefly (Groucho Marx) au pouvoir… Une comédie délicieusement nihiliste au rythme effréné et à l’excentricité unique chez les Marx. C’est un plaisir régressif de tout en envoyer valser, partagé entre acteurs et spectateurs. De la classe politique, aux guerres, à la logique, et même jusqu’au langage. Car Groucho trouve ici sans doute son rôle le plus mordant : il torpille sans cesse tout discours par une simple phrase, par des logiques absconses dont l’ironie vire à la diatribe par l’absurde. A la direction, Leo McCarey livre aux Marx Bros. leur film le plus abouti et jusqu’au-boutiste. Sans compter des scènes parmi les plus mythiques et hilarantes de la comédie américaine depuis la fin du muet. Tout est ridicule, autant s’en amuser tant qu’on le peut.

L’homme invisible (1933), de James Whale – ★★★ –

                De tous les films de monstres et compagnie des années 30 d’Universal, L’homme invisible de James Whale est sans aucun doute celui qui a le mieux vieilli. Ses effets spéciaux restent aujourd’hui encore exempts de tout reproche, dont l’audace n’a d’égal que la réussite. Quelle puissance d’évocation ! L’homme invisible a cette merveilleuse particularité d’exposer ce que l’on ne peut pas voir et de faire de cette exposition un évènement mental. Sûrement tient-on ici un exemple parfait de la force figurale que peut avoir une image de cinéma. Car ces images possèdent une force qui dépasse leur simple utilité narrative, elles échappent à tout contrôle. Il s’agit de pures images spéculatives, laissant à l’imagination du spectateur la responsabilité d’en faire ce qu’il veut. Claude Rains interprète un personnage à la présence presque étouffante bien qu’invisible. La voix de l’acteur, que l’on remarque sur les plans où il est « invisible » post-synchronisée, en dehors du champ de l’image, participe de ce mouvement qui brouille la frontière entre le personnage, le champ, le cadre et l’image elle-même. L’homme invisible est époustouflant de maîtrise et est, surtout, un morceau de cinéma pur, qui échappe du simple enchaînement causal qui faisait la gloire du cinéma américain de l’époque. Une image-temps avant l’heure.