The Lady Eve (Un coeur pris au piège, 1941), de Preston Sturges – ★ –

Charles Pike, fils un peu benêt d’un magnat de la bière à la fortune colossale, se fait aborder par une charmante jeune femme, qui joue de ses atouts pour escroquer de richissimes hommes… Un des films les plus célèbres de Preston Sturges et pourtant c’est sans doute celui avec lequel, malgré mon admiration pour le réalisateur, je me retrouve le moins. Sans doute est-ce dû à cette trame presque trop convenu pour le bonhomme qui nous a habitué à plus enlevé et plus étonnant. Ensuite peut-être à cause non pas d’Henry Fonda, mais de son personnage, Charles Pike. On aimerait y voir l’ingénu qui sied à ce genre d’histoire, mais l’on ne trouve qu’un grand dadais long à la détente un poil irritant. J’ai senti que malheureusement Sturges n’aimait pas beaucoup son personnage – ou alors qu’il ne le montre pas. Son insouciante idiotie et ses convictions “humanistes” ne traduisent que sa condition bourgeoise. Il en faut peu pour qu’il se rende ridicule, dragueur insistant et malavisé juge moral. Le personnage de Barbara Stanwyck est, à l’inverse, admirable : libre, joyeuse, taquine, intelligente. Ce qui rend d’autant plus raté – voire détestable – l’amour qui naît entre eux. Je n’y crois tout simplement pas. Pire, je la réprouve complètement : elle annihile toute la portée libertaire et contestataire du style du réalisateur. Car finalement, le bourgeois reste sur ses convictions. Charles Pike mange la pomme, conquis Eve mais ne se corrompt pas. Peut-être est-ce même l’inverse et que la liberté de cette Eve dangereuse et fascinante fondra comme neige au soleil. C’est dommage, car Sturges reste un grand dialoguiste et metteur en scène sur ce film aussi.