The Narrow Margin (1952), Richard Fleischer – ★★★ –

Film de série B aussi court (1h11) que percutant, The Narrow Margin fait partie de ces pépites méconnues qui vous laisse à sa fin le souffle court. Richard Fleischer se prête ici au jeu du thriller sur rails – si on peut l’appeler ainsi – avec une vivacité et une inventivité jouissive. Après une rapide introduction où l’on reconnaît tout de suite la plastique du film noir, on saute dans un train où l’action et la tension guident le rythme. Le film file alors à toute vitesse jusqu’à sa fin, comme le train qui conduit les personnages. Si bien que les quelques minutes où celui-ci s’arrête nous permettent à peine de reprendre notre souffle avant la suite. Visuellement très inspiré, Fleischer s’amuse à faire courir ses protagonistes d’un bout à l’autre du train, tirant des particularités de l’engin de belles idées de mise en scène. Parmi elles, on remarque les travellings avant et arrière tremblotants, comme s’ils avaient été faits caméra à l’épaule. Également les nombreuses fenêtres et leurs reflets, qui sont autant de cadres recomposant l’espace de sa mise en scène, ou les jeux de lumières changeantes rendus notamment possibles par les tunnels ou les soubresauts du train sur les rails. Mais aussi et c’est ce qui m’a peut-être le plus frappé : les transitions. Dont tout spécialement une qui imposent le respect, lors du combat entre le protagoniste et le gangster Kemp, où la caméra passe d’une vue objective à subjective sans que l’on ne s’en rende compte, avant que le coup de pied du héros vienne frapper la caméra et mettre à terre Kemp. Le tout sans que l’on puisse distinguer un seul changement de plan. Assurément cet exemple témoigne de l’ingéniosité de Fleischer et finit de conquérir la passion du spectateur.