L’amour existe (1960), Maurice Pialat – ★★★★ –

Satire lucide et contemporaine d’un problème d’urbanisme qui devient un problème social, le court-métrage de Maurice Pialat fait figure d’exemple lorsqu’il s’agit de créer des images dont la résonnance politique touche jusqu’à nos émotions, sans verser dans le pathos ou le choc. Naît en nous à la vision de L’amour existe une colère bien réelle, mais teintée de mélancolie face aux désenchantements de ces paysages et de ces vies mises en images, comme rarement elles ont pu l’être auparavant. Critique acerbe, engagée certes, mais surtout réaliste, sincère et personnelle de cet engrenage de misères qu’enclenche ces politiques urbaines des banlieues – qui ne semblent pas avoir grandement changée depuis ou en tout cas, pas assez. De ces images de villes inanimées, dortoirs des travailleurs de la classe prolétaire, se dégagent un ennui qui n’a rien d’oisif. Au contraire, celui-ci serait plutôt subi : on prive ce pan de la population de toutes distractions en centrant leur importance sociale à leur simple capacité à produire au travail. Ou comment l’espace urbain contraint ses habitants au métro-boulot-dodo, et conditionne une jeunesse désabusée, privée de rêves puisque privée de culture. L’amour existe, peut-être, mais il est ailleurs, horriblement absent de ce paysage gris.