The Offence (1972), de Sidney Lumet – ★★★ –

Angleterre. Le sergent Johnson, flic violent et désabusé, lynche violemment lors d’un interrogatoire le principal suspect d’une série de viols sur mineurs… Quelle noirceur ! The offence est un film sombre, violent, torturé à l’image de son protagoniste. Quelle surprise de voir Sean Connery dans un tel registre. Mais quel plaisir également ! Ce dernier livre une performance des plus remarquables dans un rôle aux antipodes de ses habitudes, et même de sa première collaboration avec Sidney Lumet (Le dossier Anderson, 1971). Le playboy écossais insuffle une force à la fois physique et psychologique à ce personnage qui pourrait être présenté comme le versant instable, brisé et dangereux des héros policiers habituels. Certes extrêmement bien aidé par Ian Bannen (l’interprète de Baxler, le suspect), c’est tout de même principalement sur les épaules de Sean Connery que tient la réussite du film. Il faut dire que si singulier qu’il soit dans sa carrière, ce rôle est sûrement celui qui lui tenait le plus à coeur et celui sur lequel il s’est sûrement le plus investi. Car c’est à lui également que l’on doit la genèse du film. Il accepte à l’époque de tourner une nouvelle fois dans la saga James Bond si la United Artists finance deux films du libre choix de l’acteur. Un seul projet verra le jour : The Offence, Connery renonçant à son salaire et participant à l’écriture pour permettre au film de se faire. 

Sidney Lumet est demandé pour réaliser le film, lui qui avait travaillé un an plus tôt avec l’acteur. L’acteur et le réalisateur se comprennent alors parfaitement. Lumet abonde dans le sens de Connery et, en se saisissant du film, l’emmène encore plus loin. Sa mise en scène épouse les problèmes psychologiques de son protagoniste en nous faisant partager son esprit tourmenté avec un lot d’images mentales subliminales et des motifs récurrents qui popent à l’image comme des leitmotivs psychiques (la lumière qui envahit le cadre). A cela nous pouvons ajouter un montage alternant les différentes temporalité, entourant de brume la vérité, où les scènes sont morcelés. Un travail qui se rapproche de ce que des très proches contemporains de Lumet comme George Roy Hill (Abattoir 5, 1972) ou Nicolas Roeg (Ne Vous retournez pas, 1973) effectuent. C’est donc un film qui, au-delà de son audace thématique (la pédophilie, le meurtre, les conditions de vie des banlieues grises et mornes d’Angleterre), plonge dans la modernité avec une approche de la mise en scène résolument mentale. Force est de constater également cette exploration des frontières du supportable, de la folie, de la condition humaine où se confrontent deux hommes. On ne peut s’empêcher de penser que ce film s’engouffre dans une brèche que Sartre avait ouverte avec Huis clos – “l’enfer c’est les autres” car ils nous renvoient sans cesse notre image – et que poursuivra Claude Miller dans Garde à vue en 1981 (même si l’on peut douter que Miller ait vu The Offence tant sa distribution fut compliquée, et carrément inexistante en France).

PS : Quelle merveilleuse idée que le manteau de Johnson, élément de caractérisation et  motif esthétique puissant.