Les Banlieusards (The Burbs, 1989), de Joe Dante – ● –

Dans une typique banlieue résidentielle américaine, de nouveaux et mystérieux habitants emménagent, nourrissant la curiosité un peu trop envahissante de leurs voisins… Je n’ai pas grand chose à dire sur ce film, si ce n’est qu’il me semble raté. Nous sommes confrontés à ce type de produit sans saveurs estampillé pure imaginary 80’s style comme j’aime l’appeler, dont je vous avais déjà parlé avec The Monster Squad. Tout y est très stéréotypé. Que ce soit avec ses personnages, assez grossiers, constamment gueulards, ce qui va avec le surjeu général des acteurs tentant de faire tant bien que mal de faire surgir un peu de vivacité, ou du développement narratif qui suit exactement la ligne qu’on avait entr’aperçu dès les premières minutes du long-métrage. Dante recycle la quasi-totalité des éléments de ses précédents. Si bien que l’on se retrouve plus face à l’épisode spécial d’une série formaté que face à un vrai film. On sent d’ailleurs que le film devient de plus en plus poussif les minutes défilant. Si l’environnement est alléchant, les suburbs américaines et leurs microcosmes sociaux, on se rend vite compte que là ne sera pas l’intérêt du film. On lorgne tout de suite vers la comédie d’horreur bon enfant, sans risque, qui peine à esquisser un rictus sur ma facepalm. Puis l’ennui. The Burbs est un consommable, un film qu’on regarde comme un épisode de Friends, parce que l’on a quelque peu la nostalgie de l’illusion féérique des eighties. Mais dès que l’on a eu notre dose, le vide abyssale de cette production sans vigueur ni profondeur laisse un sentiment coupable de de désir vain et consumériste.

Un monde pour nous (Say anything…, 1989), de Cameron Crowe – ★★ –

L’histoire d’amour de deux jeunes adolescents, Lloyd et Diane, à la fin de leur lycée… Voici maintenant l’antithèse du film dont je vous parlais hier (L’arriviste, 1999). Le premier film de Cameron Crowe est complètement dépourvu de cynisme, d’ironie, de pessimisme. A la place, nous avons un couple de protagonistes adolescents aux coeurs trop purs pour être vrai, des être foncièrement attentionnés et bienveillants. Diane Court est une jeune fille ambitieuse, certes, prête à faire des sacrifices pour réussir, mais nullement arriviste et dotée d’un grand sens éthique. Lloyd Bodler, lui, est un peu plus paumé, il ne sait pas de quoi son avenir sera fait, mais il ne se résout pas à l’anémie, son heure viendra, quand il le faudra. Si Alexander Payne jetait un regard froid et acerbe sur ses personnages, Cameron Crowe lui au contraire, leur donne tant d’amour qu’il le sublime plus que de raison. Son but était avouer : il voulait des personnages que les spectateurs aimeraient inconditionnellement. C’est réussi. Si bien que c’en est déstabilisant pour nous, rêveurs romantiques derrière l’écran. C’est vrai quoi, Lloyd devenu figure iconique, ne manquera pas de flouer les jeunes spectatrices qui depuis le film rêvent de cet homme parfait qui n’existe pas. Ni beau ni fort, mais foncièrement attentionné, et prêt à tout donner, en premier son amour, à la femme qu’il adore. Combien de jeunes hommes après ça ont donc été capables de ressentir ce besoin de l’autre que Lloyd éprouve, ce sentiment qu’il est naturel de tout faire et tout donner à une seule personne, car le cœur en est convaincu ?  Il faut dire que le rôle et son interprète (John Cusack), même s’ ils sont en symbiose incroyable, doivent aussi beaucoup à la capacité de Crowe de transcrire l’amour adolescent, naissant, plein de découvertes, d’hésitations, de palpitations. La seule scène de sexe en est le parfait exemple. D’une tendresse exceptionnelle, elle nous fait nous extasier sur chaque geste, chaque contact de ces deux acteurs fusionnant. Qui ne rêve pas ou ne se souvient pas de ce qu’il a pu éprouver rarement dans sa vie. Say anything… est d’une foi exceptionnelle en la jeunesse, la fougue amoureuse. Il faut être bête pour croire que l’amour sauvera le monde. Mais il faut être un génie pour l’affirmer. Car ce genre d’artistes ont toujours des œuvres comme celle-ci qui prouvent leurs dires. Et c’est pourquoi dans ce texte critique je passe les défauts du film, qui ne sont pourtant pas minces, car c’est finalement ce sentiment réconfortant qui balaye tout sur son passage que l’on garde en mémoire. Un film à cajoler.