L’Arriviste (Election, 1999), d’Alexander Payne – ★ –

Jim McAllister est un professeur respecté qui aime son travail et ses élèves sans exception. Enfin, peut-être a-t-il quelque mal avec Nancy Flick, un de ses élèves, ambitieuse et manipulatrice, qui vise la présidence du conseil des élèves… Voilà un film très intéressant en ce sens qu’il fait naître chez moi des sentiments très partagés. Je vous avoue raffolé de ce qu’on appelle teenage movies. Pour tout un tas de raisons : la liberté de ton et de formes, la fraîcheur générale de ces films et la qualité de leurs personnages, que j’aime bien souvent profondément. Or nous voici avec un teen movie aux antipodes des habitudes du genre. La jeunesse, l’adolescence n’est plus considérée comme une période exceptionnelle mais comme le terreau des vices du monde adulte. Ici aucun lycéen n’est en quête d’apprentissage. Les arrivistes resteront arrivistes, les idiots resteront idiots, les marginaux resteront marginaux, et le reste des lycéens qui ne sont pas les principaux protagonistes sont complètement inutiles. Les seuls qui feront quête d’apprentissage comme c’est de rigueur dans ce genre de récit, sont cette fois les professeurs et non les adolescents. Il y a un cynisme et une noirceur presque écoeurants dans la vision de l’adolescence d’Alexander Payne. Si l’on passe les habituels défauts du réalisateur comme ses intrigues de tromperies de quarantenaires assez inutiles de bas de plafond, on regrette tout de même le peu d’amour qu’il porte à ses personnages, surtout adolescents. Regret car, outre ces problèmes de taille, le propos du film est complexe et passionnant. Entre débat moral et escalade de situations incongrues, où les vices se disputent avec la raison, la narration de Payne ouvre des questions sociales et existentielles très à propos, pour un film d’adolescence comme pour un autre. On regrette donc d’autant plus le fatalisme pessimiste de Payne qui résout ces questions de manière intransigeante. 

Les derniers jours du disco (1999), de Whit Stillman – ★★★★ –

Les pérégrinations nocturnes de jeunes new yorkais-es fraîchement diplômés au début des années 80 : disco, amours, travail, amitiés… Whit Stillman tire son troisième long-métrage de ses propres souvenirs et c’est sans doute ce qui rend l’exercice si vrai, si honnête. Honnête, Stillman l’est avec ses spectateurs comme avec ses personnages. Rien n’est écrit pour séduire, libre au spectateur d’apprécier ou déprécier tel ou tel personnage dans les quelques moments de sa jeunesse qui nous sont donnés à voir. Mais ces personnages, si tant est qu’il puissent être jugés, n’appartiennent pas au simple temps de l’image projetée sur la toile. Car il se dégage d’eux une puissante impression de vérité, que l’on saisit au détour de conversations animées, spontanées, profondes. Une vérité qui tient surtout de notre incapacité, dans ces événements anodins d’une jeunesse anxieuse et libertaire qui s’emboîtent de manière elliptique, à réellement attraper leur psyché, leur caractère, leurs émotions. Ces dernières sont trop disparates, contradictoires, aléatoires pour que l’on puisse aisément définir qui ils sont, ce qu’ils éprouvent ou vivent. De là naît une fascination, une envie brûlante de les suivre, de traîner avec eux, portant en nous le mince espoir de découvrir leur être profond. Le film de Stillman repose essentiellement sur la façon dont chaque personnage se considère et considère les autres. Chacun y va de sa propre caractérisation, tente de définir celle des autres. Mais chacun s’étonne toujours de faire quelque chose qu’il ne pensait jamais faire. Même chose lorsqu’il observe ceux qui l’entourent. Il y a quelque chose de fuyant, d’inatteignable, d’incompréhensible. Car la vie est comme cela. Elle ne cesse de nous surprendre, de violer toutes les grilles de lecture logique. Chaque fois que l’on pense comprendre quelque chose ou quelqu’un, il s’avère toujours que ce saisissement était éphémère. Ce film, comme beaucoup qui s’attache à la fin d’une époque, tente d’appréhender ce trait de la vie qui fait d’une règle toutes les exceptions. 

Les derniers jours du disco est un film qui laisse vivre ses personnages et interprètes, les laisse s’exprimer, faisant fi de toute logique narrative ou psychologique. Il laisse également resurgir des mémoires le temps d’une projection les ambiances et émulations d’une période exceptionnelle. Stillman le fait de manière admirable, tout s’enchaîne parfaitement, comme guidé par les mélodies des musiques qui sont joués. Stillman associe tous ces événements pour tirer l’essence quotidienne d’une époque, non pas universelle, mais constituante, comme un Dj associerait harmonieusement les meilleurs titres d’un style pour tirer la playlist la plus parfaite, celle qui vous fait une petite place parmi un groupe, vous fait goûter l’émotion et l’élan vital d’un moment.