Lesson of Evil (2012), de Takashi Miike – ★ –

                D’étranges incidents surviennent dans un lycée après l’arrivée du professeur Hasumi, en apparence brillant… Enième film de genre japonais sur des adolescents, Lesson of evil est réussi, et ce n’est pas rien de la souligner lorsqu’il s’agit d’une adaptation live d’un manga. Le propos, un tantinet politique, est évident, presque trop gros. Mais comme toujours chez Miike, la violence et jusqu’au-boutisme y sont si poussés que le tout reste cohérent. On notera néanmoins cette épine dans le pied qu’est le dernier plan du film. Car il est bien beau de clôturer le long-métrage par l’annonce d’une suite, encore faut-il qu’elle soit justifiable ou qu’elle existe, tout simplement. Reste un film quelque peu envoûtant, où le déchaînement de violence rebute autant qu’il fascine. C’est vraiment sur ce point que Miike excelle : sa mise en scène oscille entre le mysticisme de son personnage et la froideur de ses actions. A l’instar de cette chanson à l’ironie cruelle de L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht, qui revient à intervalles réguliers dans le film et donne au tout un caractère schizophrène.

God Bless America (2012), Bobcat Goldthwait – ★★★ –

S’il n’apporte que rarement quelque chose de cinématographique, Goldthwait réjouit de par ses audaces thématiques et narratives. Film coup de poing, sorte de Bonnie and Clyde (référence assumée) désacralisé, on a reproché à God Bless America de finir par rejoindre ce qu’il dénonçait. Un procès de mauvaise foi, car l’on a attribué au film les reproches morales qu’on pouvait faire aux personnages. Or, on ne peut décemment pas confondre l’un avec l’autre. On le sait et on a beau le répéter, cela se fait toujours. Je ne peux m’empêcher de voir derrière cette facile critique, une manière de se dédouaner de l’empathie qu’on éprouve face à ce film. Car oui, à défaut de les encourager, on peut les comprendre ses personnages, et leur quête vengeresse de nettoyage humain n’est pas sans nous procurer une certaine euphorie cathartique. Le tour de force du film, c’est pourtant bien de nous faire sentir, une fois que la tuerie est lancée, qu’elle est déjà assez vaine, et surtout qu’elle n’est pas forcement tout à fait motive. Goldthwait nous monte admirablement dans sa première partie contre les mêmes ennemis des personnages (notamment un hallucinant travail sur le son, absolument éreintant pour le spectateur). Mais très vite, dès le premier meurtre purgatif, nous vient dans le coin de la tête le possible regret de l’acte, de l’extrémisme du geste. Et si … ? Au point que cette hésitation, proprement spectatorielle, vient contaminer notre rapport aux personnages : à chaque gros plan (ils sont assez peu nombreux pour être forts) on se demande s’ils vont émettre un regret, un remord ou se requestionner. La force du film se situe ici, dans son rapport au spectateur et dans le lien esthétique qu’entretient ce spectateur avec les protagonistes du film (d’autant plus qu’ils sont souvent rendus sympathiques). Lorsque l’on sait la pensée et le geste trop extrême, nous ne pouvons que continuer sur la même route. Lorsque l’on devient aussi mauvais que ceux que l’on voulait tuer, il n’y a plus qu’une solution : s’abandonner totalement à l’extrémisme et tirer dans le tas. Une très forte leçon sur le terrorisme.