Les Délices de Tokyo (2016), de Naomi Kawase – ★★★ –

                Film particulier dans la filmographie de Naomi Kawase, sans doute le plus abordable pour le spectateur néophyte, Les délices de Tokyo, adapté du roman à succès éponyme de Durian Sukegawa (première adaptation pour Kawase) narre la rencontre entre un gérant d’une échoppe de dorayaki (pancakes fourrés à la pâte de haricots rouges) et une dame âgée qu’il va embaucher pour l’aider à faire la pâte an[1]. Ce duo est complété par une collégienne, cliente habituée de l’échoppe qui se lie d’amitié avec le gérant et son employée. Mais très vite, on apprend que Tokué, cette dame aux mains très abîmées, souffre de la maladie de Hansen, autrement dite lèpre.

                Kawase délaisse pour ce film ses habituels décors ruraux pour situer ce récit à Tokyo, bien que ce Tokyo-là ne soit pas des plus urbains, la part réservée à la nature étant très importante. Elle met aussi quelque peu de côté la caractère méditatif et spirituel de son style pour un scénario un peu plus structuré, conventionnel. Des parti pris qui pourraient faire fuir quelques aficionados de son cinéma mais qui permettent un écart, un élargissement de ses explorations. Heureusement pour nous, Kawase garde ses habitudes de mise en scène les plus sensibles et permet au film de ne pas s’inscrire en porte à faux de sa carrière. On y retrouve son acuité et son attention toute particulière à la nature qui entoure l’homme, et cette distance respectueuse face à ses personnages, auxquels elle accorde la pudeur de ne pas se dévoiler entièrement. De même les ellipses, si chères à la réalisatrice, aèrent et accordent un caractère fuyant agréable à une histoire qui, dans les mains d’un autre cinéaste, n’aurait pas évité l’emphase et le pathos. Pour autant, le film ne manque pas de moments d’émotions cruelles. Kawase laisse finement à ses acteurs le temps de travailler des émotions tout en retenue, ce qui a le bonheur de les rendre paradoxalement percutantes pour le spectateur. Mais ce que l’on retient avant tout, c’est cette sensibilité particulière du film devant les gestes quotidiens de ses personnages, leurs façons de se mouvoir dans l’espace de cette échoppe et son alentour, l’attention délicieuse que Tokué accorde aux haricots. Autant de petites choses qui participent de créer une ambiance douce-amère dont on raffole vite.

PS : Il me faut goûter un dorayaki !


[1] La pâte de haricots rouges.