Les Misérables (2019), de Ladj Ly – ★★★ –

Chaque fois que je repense au film de Ladj Ly, il me vient en tête une chanson culte de l’album Speaking in Tongues (1983) de Talking Heads : Burning Down the House. Je n’y faisais pas vraiment attention jusqu’à aujourd’hui où je me suis demandé si je ne faisais pas une association certes étonnante mais qui ne serait pas totalement hors propos. Après quelques réflexions, il s’avère que ce que je ressens et interprète des paroles du groupe de David Byrne s’accole de belle manière avec ce que j’ai ressenti et déduit des Misérables. En soit, le cri absurde teinté de désespoir d’une crise existentielle et sociale. J’ai donc décidé de partager avec vous ce morceau incroyable de ce groupe mythique, et de prendre le soin d’y adjoindre les paroles. Bon, il est vrai que ce n’est pas beaucoup de boulot, mais on ne peut pas être au top du productif chaque jour, ce serait quelque peu éreintant. J’espère que vous y serez réceptif. Que vous ayez la même intuition que moi, ou bien une différente. Ou bien finalement, mon esprit est-il complètement parti en vrille ce coup-ci.

Ah, watch out, you might get what you’re after
Cool babies, strange, but not a stranger
I’m an ordinary guy
Burning down the house

Hold tight, wait till the party’s over
Hold tight, we’re in for nasty weather
There has got to be a way
Burning down the house

Here’s your ticket, pack your bags
Time for jumping overboard
The transportation is here
Close enough, but not too far
Maybe you know where you are
Fighting fire with fire

Ah, all wet, yeah, you might need a raincoat
Shape down, dreams walking in broad daylight
Three hundred sixty-five degrees
Burning down the house, huh

Ah, it was once upon a place
Sometimes I listen to myself
Gonna come in first place
People on their way to work
And, baby, what did you expect
Gonna burst into flames
Ah

Burning down the house

My house, s’out of the ordinary
That’s right, don’t want to hurt nobody
Some things sure can sweep me off my feet
Burning down the house

No visible means of support
And you have not seen nothing yet
Everything’s stuck together
And I don’t know what you expect
Staring into the TV set
Fighting fire with fire
Ah

  • Burning Down The House, The Talking Heads, ℗ 1983 Sire Records Company

Promare (2019), de Hiroyuki Imaishi – ● –

“Hey, regardez comme on est dingue ? Vous avez vu ça, toute cette créativité de dingue ? On a du mouvement de dingues et des couleurs de dingue ! En plus, on est vraiment des dingues niveau scénar’ et personnages ! Z’avez-vu ça ? Incroyables, comme on est dingue ! Haha regardez ! C’est la même chose que depuis le début mais encore plus rapide et dingue ! C’dingue !” 

Plus sérieusement, l’animation est au niveau, mais qu’est-ce qu’on s’emmerde. Tout va trop vite. C’est uniquement ostentatoire. Où sont donc passés l’originalité et le ton subversif de Dead Leaves ? Perdus dans quinze années de lissage en studios. On refait sans cesse la même chose parce que ça marche et qu’en plus tous nos fans vont crier partout au chef d’œuvre, crier qu’on est les seuls à faire de la “vraie” animation. Mais la vérité c’est qu’on nous ressert le modèle Gurren Lagan et Kill la Kill, sans aucune profondeur que celle de vouloir faire “décalé et jouissif”. Mais de décalé, il n’y a plus rien, et le jouissif n’arrive que lorsque ça s’arrête. Tout est d’une banalité extrême (le scénario, les personnages, l’univers, etc.), c’est extrêmement poussif, jusqu’à faire dire aux personnages eux-mêmes que tout ça est dingue, comme s’il fallait qu’ils convainquent les spectateurs, ou bien les créateurs eux-mêmes.

Asako I & II (2019), Ryusuke Hamaguchi – ★★★★ –

Asako I & II est un film limpide, dont les couleurs pastels révèlent la douceur et la pudeur d’un film un peu trop pur, à l’instar de son héroïne Asako (Erika Karata). Héroïne réservée, un peu rêveuse, presque lunaire, qui se retrouve bien malheureusement prisonnière du passé, du souvenir de celui qui, pour la première fois a éveillé en elle des sentiments plus forts qu’elle, qui l’ont avalé et la retiennent toujours. Asako a connu son premier amour. Comme tout le monde, certes, mais le sien ne s’est jamais terminé ou, en réalité, n’a pas eu la possibilité de se terminer. Son amant mystérieux s’étant envolé du jour au lendemain, laissant la jeune fille seule, son amour alors culminant. Mais voilà que réapparait plusieurs années après le visage de son bien-aimé, or ce n’est pas lui, mais son doppelgänger, son double, outre que ce dernier est de loin beaucoup plus mesuré et surtout beaucoup moins mystérieux et donc moins envoûtant. Mais peu importe, sans doute plus difficilement que la première fois, Asako finit par aimer celui-ci, et vivre avec lui. Jusqu’au retour du premier amour, forcément.

L’histoire d’Asako I & II n’est pas des plus originales : il s’agit somme toute d’un triangle amoureux, où sous un même physique, deux choix d’amour s’offre à l’héroïne, l’un passionné, incertain, destructeur (à l’image de cette très belle séquence de la chute en moto au début du film)­ qui a à son avantage d’avoir été le premier, et de l’autre une affection tendre, réconfortant, mais peut-être pas assez fougueux. On pourrait pousser soupirs face à une énième romance du genre, mais Ryusuke Hamaguchi touche profondément juste en portraitant ces trois personnages si distincts avec une tendresse et une empathie qui emportent notre adhésion, avant de nous briser le cœur presque fatalement. On accepte, on comprend, on envie, on espère, on aime ces personnages, les suivre des années durant et voir leur quotidien des plus communs s’embraser en drame sentimental discret, intérieur. La tragédie intime de nos voisins et amis.